Le stand Aviagen au Space. En poulet, la rupture de toute relation commerciale entre Aviagen et Grelier ouvre grand la porte aux souches Cobb et Hubbard, challengers du Ross en France. - © P. Le Douarin
Le secteur de la sélection ne cesse de se « consolider », c’est-à-dire de voir les entreprises se concentrer avec l’affrontement entre deux ou trois concurrents par secteur, la plupart filiales de groupes multiespèce. Dans les mois à venir, un nouvel épisode de cette guerre économique va se dérouler sur le territoire français. Quelques jours avant la tenue du Space, le sélectionneur Aviagen, filiale du groupe allemand Éric Wesjohann (EW), faisait savoir l’arrêt de ses relations commerciales avec le groupe d’accouvage Grelier, et cela dans un délai de six mois. Concrètement, Aviagen livrera ses derniers poulets parentaux Ross en février 2012. De ce fait, Grelier ne sera plus en mesure de livrer de poussins Ross à partir de l’été 2013. Pour Thierry Rolland, le directeur d’Aviagen France, cette décision du groupe EW s’explique uniquement par la fusion entre Grelier et le sélectionneur néerlandais Hendrix Genetics (voir ci-contre). Annoncée fin 2010, la fusion-acquisition a été confirmée le 15 septembre sur le Space. Bien qu’Hendrix Genetics ne sélectionne pas de poulet, EW ne conçoit pas de lui livrer sa génétique. En effet, des liens existent entre Hendrix Genetics et Cobb, notamment en recherche-développement (programme de génomique).Or, le sélectionneur américain, qui détient la moitié du marché mondial, est le principal concurrent d’Aviagen.
L’enjeu entre les deux sélectionneurs est le leadership mondial de la sélection des poules pondeuses et des dindes. La suprématie passe non seulement par la supériorité intrinsèque des produits,mais aussi par leur distribution mondiale. La stratégie de EW est de contrôler celle-ci jusqu’aux parentales qui produisent les poussins commerciaux, voire jusqu’aux produits commerciaux comme en pondeuse. Ce qui suppose d’implanter des opérations de multiplication un peu partout dans le monde et de disposer d’importants moyens financiers. Grelier a fait les frais de cette politique, avec l’arrêt du contrat de production des grands parentaux en dinde (souches BUT) et en poulet (souche Ross PM3) plus récemment.
En France, le rapport de force Hendrix- EW est équilibré sur la dinde. En médium, la souche Grade Maker d’Hybrid a pris des parts de marché à BUT la souche « historique » d’Aviagen. Cependant, Aviagen reste dominant en dinde lourde sur l’Europe. Dorénavant, Grelier distribuera uniquement les souches Hybrid d’Hendrix, avec les parentaux livrés aux accouveurs français et à l’export, mais aussi les dindonneaux aux organisations de production. Quant à la génétique Aviagen Turkeys (cinq souches BUT et Nicholas), elle sera fournie à cinq accouveurs indépendants et non exclusifs qui vendront les dindonneaux : Accouvage d’Armor-Le Helloco, Boyé accouvage, France Dinde, Le Sayec, coopérative UKL-Arrée. « Les accouveurs ont la liberté de commercialiser les produits qu’attendent leurs clients », souligne Jean-Luc Favennec, représentant d’Aviagen Turkeys en France. « À chacun son métier », insiste-il.
En poulet, le rapport de force est différent. La souche nanifiée Ross PM3 est utilisée pour le poulet standard frais. Elle domine devant les souches Hubbard et Cobb,Hendrix Genetics n’ayant plus de sélection en poulet.Aviagen France revendique environ trois millions de parentales vendues par an (ce qui équivaudrait à huit millions de poussins produits par semaine). Les trois couvoirs de Grelier produiraient environ deux millions de poussins par semaine, la moitié de type standard à très forte majorité Ross.Antoon Van den Berg, directeur général d’Hendrix Genetics, reconnaît bien « qu’il y a quelques défis à relever dans ce secteur, mais nous n’arrêterons pas la distribution et nous ne céderons pas de parts de marché. Faites nous confiance ». Pour maintenir ses volumes, Grelier va logiquement solliciter les sélectionneurs Cobb et Hubbard, avec des souches aux caractéristiques différentes.
D’ici deux ans, les cartes de la distribution des souches en France pourraient donc être rebattues. Certaines organisations de production clientes de Grelier n’acceptent pas de se voir imposer un autre fournisseur de génétique Ross. Les clients de Grelier vont-ils reporter leurs achats Ross sur d’autres accouveurs, et lesquels ? Vont-ils lui rester fidèles à Grelier et changer de souches? La réalité sera plus complexe. Afin d’organiser un approvisionnement sûr des poussins (commande des reproducteurs, nouvelle répartition du parc de multiplication), les accouveurs vont anticiper leurs choix en concertation avec les organisations de production. Dans un secteur qui travaille sans contrat, la confiance sera plus que jamais primordiale.
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