Déchets organiques
Des bactéries au service du co-compostage
L´ajout de bactéries permet d´améliorer les performances du compostage naturel d´un mélange de végétaux et de déchets d´origine animale. Un premier test a été conduit par l´accouveur Eclosion, sous l´oeil attentif de l´Itavi.
17 août 2006 Pascal Le Douarin Vu 1656 fois
Les déchets de couvoir coûtent cher à évacuer. Bien sûr les cadavres sont repris par l´équarrissage, mais aussi les coquilles et enveloppes résiduelles, classées en catégorie 3, pour un prix avoisinant les 120 ? la tonne. Pour une entreprise d´accouvage comme Eclosion, à raison de 1000 tonnes par an, ceci représente un budget annuel de plus de 100 000 ?.
C´est pourquoi Laurent Rineau, en charge des investissements et achats, s´est attaché à trouver une autre solution, moins onéreuse, d´autant qu´il devait aussi résoudre la question du devenir des 4000 tonnes de fumier issu des élevages de reproducteurs. Si elle n´est pas neuve, l´idée du co-compostage d´un mélange de fumiers et de déchets de couvoir a refait surface. Par le passé, des tentatives d´accouveurs n´ont pas toujours donné des résultats convaincants.
Contacté par la toute jeune société GPB Environnement, Eclosion a choisi d´apporter de la nouveauté en utilisant un complexe bactérien. Et plutôt que de faire cavalier seul, la société a joué l´ouverture en proposant un suivi par le syndicat national des accouveurs (SNA) qui a confié l´aspect pratique (protocole, prélèvements, interprétation) à Claude Aubert, de l´Itavi.
L´essai a été conduit du 26 juillet au 18 octobre 2005 à Roussay (49), à proximité des élevages et couvoirs d´Eclosion, sur une ancienne plate-forme initialement prévue pour réaliser (déjà) du compostage en plein air. Un tas de 76 tonnes a été confectionné avec 15 tonnes de déchets de couvoirs (19 %), 59 tonnes de fumier de canes repros (77 %) et 3 tonnes de paille. La production de coquilles étant quotidienne, il a d´abord fallu constituer des couches successives de fumier et coquilles, lesquelles étaient aspergées du complexe bactérien.
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| Mise en place de l´andain expérimental le 26 juillet 2005, par brassage des coquilles et du fumier. ©D. R. |
Pas d´odeur et sans remuer le tas
Au bout d´une semaine, le tout a été repris, passé en épandeur pour constituer un andain classique. L´essai a alors démarré. Des sondes d´enregistrement continu de la température ont été placées à différentes profondeurs. L´andain n´a plus été manipulé durant 42 jours, temps au bout duquel il a été repris, pesé et reconstitué pour mâturer. Un tas témoin plus petit a aussi été constitué.
Ce qui a le plus frappé les intervenants c´est l´absence d´odeurs nauséabondes et de dégagement d´ammoniac en cours d´essai, et lors de la reprise finale de l´andain.
De même, le produit composté était complètement homogène, au contraire du tas témoin (poches de déchets non compostées avec odeur pestilentielle). « Cette homogénéité est le résultat du travail des bactéries », estime Jean Penaud, de GPB Environnement. A la différence d´un compostage à air soufflé, il n´y aurait pas de zone froide (sous-ventilée).
Malgré la non-oxygénation du tas par retournement, la température à coeur (60 cm) s´est maintenue au-dessus de 60ºC pendant environ 25 jours, selon l´Itavi. Les pertes de masse à 42 jours sont de 20 % au total et de 12 % pour l´azote. La composition physique et chimique du compost est conforme à la norme « amendement organique » NFU 44051. Les teneurs en cuivre et zinc sont inférieures aux normes Ecolabel et NFU 44095 (boues de station d´épuration).
Les contrôles de germes réalisés à 84 jours montrent que les concentrations en contaminants (oeufs de parasites, entérocoques.) sont en dessous des seuils de détection. Même si le zéro germe n´est pas atteint, Claude Aubert estime que l´hygiénisation du produit est réalisée.
Enfin le « test du cresson » s´est révélé positif : le compost n´est pas phytotoxique et peut être immédiatement utilisé pour les cultures, sans attendre plusieurs mois de maturation.
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| Le compost obtenu en avril 2006, complètement homogène et mature. ©D. R. |
Future plate-forme de compostage en projet
Ce premier essai a été réalisé en période estivale, sans couverture ni bâchage du tas. Laurent Rineau a souhaité réitérer l´essai en période hivernale, toujours sans couverture, et sans ajout de paille. Aucun suivi de température n´a été réalisé. Les résultats sont nettement moins probants, du fait d´une incapacité à maîtriser l´humidité. Les pluies ont sans doute aussi perturbé le maintien des températures. Le produit observé fin avril - après de forts orages - conservait un aspect pâteux.
« Nous avons la confirmation que cette technique peut marcher, à condition de respecter certaines règles simples, notamment l´obligation de couverture », en conclut Laurent Rineau. Sa principale interrogation porte en effet sur la faisabilité du co-compostage toute l´année. Eclosion envisage de couvrir l´ensemble de la plate-forme d´ici à la fin 2006 pour y traiter tous ses déchets coquilliers et tous ses fumiers. L´objectif n´est pas commercial - « ce n´est pas notre métier » - mais économique (rapide retour d´investissement) et écologique (gains en transport, en énergie d´incinération.).
« Un dossier d´étude d´implantation d´une station de compostage va être déposé auprès de la DSV du Maine-et-Loire », précise le responsable achats. Pour obtenir l´agrément de co-compostage, selon le règlement 1774/, le ministère de l´Agriculture (via la DGAL) devra auparavant se prononcer, en concertation avec le SNA et l´Itavi, sur l´équivalence au plan sanitaire de cette méthode bactérienne avec le règlement européen.
Sur le terrain, la contrainte principale sera la gestion de l´apport quotidien des déchets. Ils seront aussitôt mélangés à du fumier préalablement stocké et déposés en andain au fur et à mesure. Un bémol demeure cependant : puisque cette technique marche, pourquoi n´est-elle pas plus développée ?
Selon Jean Penaud, « les professionnels sont réticents pour trois raisons. En biologie, le 100 % de réussite n´existe pas et certaines situations sont vouées à l´échec. Ensuite les industriels du compostage préfèrent miser sur la technologie (hyper-oxydation par aération poussée et brassage.) plutôt qu´attendre avec la biologie. Enfin, il y a eu des « charlatans » sur ce marché. ».
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| Après avoir été décongelé et dilué, l´inoculum bactérien est aspergé en sortie d´épandeur. ©D. R. |
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