Devant le pignon tapissé des treize extracteurs d’air, Patrice Deborde a fait confiance au choix technique que le groupe Doux lui a proposé. - © P. Le Douarin
Le lancement de la ventilation progressive en tunnel aura-t-il le même impact que celui de la ventilation naturelle transversale, plus connue sous le terme de Louisiane ? Promoteur des deux techniques à plus de trente ans d’intervalle, le groupe Doux veut le croire. Dans les deux cas, la motivation est la même. Il s’agit de trouver des innovations susceptibles de diminuer les coûts de production des poulets produits en France, mais vendus dans le monde entier. Donc de soutenir la dynamique de relance des investissements, pour les nouveaux poulaillers comme pour les bâtiments à rénover. La ventilation en tunnel a été adoptée pour la volaille de chair dans le monde entier. Pourquoi pas en France ? Sur le principe, l’air frais est admis sur les deux côtés du poulailler par des trappes. L’air vicié est extrait par des ventilateurs tous implantés en pignon. Pour Fabrice Rocheteau, responsable technique du groupe en Pays de la Loire « en France, ce nouveau bâtiment est une alternative à la ventilation dynamique transversale(Colorado) qui est plus contraignante et qui n’est pas toujours adaptée aux poulaillers à ventilation statique rénovés en dynamique ». Le technicien remarque que les performances techniques attendues ne sont systématiquement pas au rendez-vous, alors que les modifications ont été faites en suivant les préconisations. « Le problème des vieux statiques, c’est la pente du toit (supérieure à 30 %) difficile à rectifier, ajoute t-il. Avec ce système, on s’affranchit plus facilement des contraintes dimensionnelles et structurelles. »
Une visite en Allemagne au mois de janvier dernier a tout déclenché. En Basse-Saxe (la Bretagne allemande) il n’existe presque plus de Colorado, mais des centaines de poulaillers à ventilation en tunnel, et recouverts de panneaux photovoltaïques. Une réunion avec les ingénieurs d’un équipementier allemand et une contre-visite en juillet ont achevé de convaincre responsables techniques et futurs investisseurs. Le premier poulailler de ce type a été construit à Le Breuil- Bernard (Deux-Sèvres) chez Patrice Deborde qui a ouvert ses portes aux visiteurs le 9 septembre dernier. D’ici à la fin de l’année, Doux annonce huit constructions du même type. Les atouts de ce modèle se veulent techniques et économiques. Avec une largeur de 15 à 20 mètres, l’espacement de 4,20 mètres entre les fermes reste inchangé. Comme c’est le cas chez Patrice Deborde, la largeur idéale se situe autour de 18 mètres constate le constructeur Hervé Dugué. Le montage est rapide en raisonde la simplicité de la coque, exempte de cheminées d’extraction et de volets continus. Les panneaux sont découpés lors du montage des trappes. Tous les ventilateurs sont posés en pignons. Les jupes extérieures sont aussi simplifiées, remplacées par un panneau longitudinal coupe-vent. Au total, le montant de la coque au mètre carré construit est diminué. Il avoisine les 85 euros le mètre carré estime le constructeur.

À pleine puissance, les treize extracteurs aspirent près de 500000 m3/heure à 35 pascals. - © P. Le Douarin
La ventilation a été fournie par Big Dutchman et mise en place par la société AMR. Chez Patrice Deborde, le reste du matériel est courant et dimensionné au mieux pour 50 000 poulets export : trois lignes de mangeoires Multibeck, quatre lignes de pipettes Big Dutchman-Lubing (20 cm entre deux pipettes), quatre canons à gaz Systel, un peson automatique Sodalec, une brumisation haute pression. L’éclairage au sodium (Lead Le Roy) a été préféré par Patrice Deborde pour la sobriété de consommation et la couleur tirant sur le jaune. Dans son nouveau concept, Doux a retenu le béton isolé qui permettra un nettoyage plus rapide et plus efficace, avec un environnement d’élevage plus sûr. La quantité de paille sera au moins réduite par quatre (0,5 à 1 kg/m2). L’investissement a bien été maîtrisé. Patrice Deborde a participé à une partie du montage.Tout compris le bâtiment est revenu à 165 euros par mètre carré pour 1750 m2 utilisables (17,5 mètres intérieur par 100 mètres). C’est bien moins que les 190-200 euros/m2 habituellement annoncés pour un 1 200 m2 sans béton. En simplifiant, avec la même somme, Patrice Deborde a construit un 1 200 m2 au prix « normal » et 550 m2 à 110 euros/m2, le tout bétonné. De quoi interpeller le Landerneau des fournisseurs. Il reste à trouver un nom à ce concept et surtout à vérifier les espoirs fondés sur lui. Ce dont ne doutent ni le service technique, ni l’éleveur.
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