L'Allier AgricoleGrandes culturesUne succession d’épisodes défavorables
Organisé par le Cetiom et la Chambre d’Agriculture, le rallye colza organisé courant avril a permis de faire un état des lieux de la culture dans notre département à la sortie de l’hiver.
Animée par Luc Fournier et Mickaël Bimbard techniciens agronomes à la Chambre d’Agriculture, ce rallye a débuté le matin sur le secteur de Saint-Angel et s’est poursuivi l’après-midi sur la commune de Pierrefitte-sur-Loire.
L’objectif de cette tournée de parcelles était de faire le point avec les agriculteurs présents sur l’état physiologique du colza dans notre département et des interventions à prévoir dans les semaines à venir.
« A l’heure actuelle, estime Luc Fournier, pour une bonne partie des parcelles la floraison est bien avancée malgré qu’elle se déroule cette année, dans des conditions chaotiques ». Il faut dire que les derniers mois ont été peu favorables à la culture qui a beaucoup souffert des conditions météorologiques, d’où une situation actuelle assez fragile.
« Sur certaines parcelles observe le technicien, il n’y a quasi pas de floraison ou celle-ci peine beaucoup à se faire, ce qui laisse présager des rendements bien inférieurs à la normale ».
Le collet, le talon d'achille du colza
Pour comprendre ce phénomène, celui-ci nous invite à retracer l’historique de la culture depuis son implantation. Celle-ci a profité de conditions automnales exceptionnelles qui ont permis au colza de se développer rapidement et de créer des élongations importantes. « Il s’agit d’une croissance soutenue de la tige, et qui n’est surtout pas recherchée en raison de la sensibilité au gel de cette partie de la plante appelée le collet ». Le gros coup de froid que nous avons connu courant février avec des températures atteignant parfois les – 20°C a donc beaucoup fragilisé ces zones voire dans certains cas détruites.
Le sort s’acharne
Suite à cette période de grand froid, ont succédé des conditions particulièrement chaudes et sèches qui n’ont pas permis une reprise optimale de la culture. « Souffrant du manque d’eau, le colza a accéléré son cycle, ce qui s’est traduit par le développement d’une masse foliaire peu importante et explique que l’on ait aujourd’hui des plantes ne dépassant pas les 1m10 à 1m20 explique Luc Fournier ».
Un coup fatal
La série noire aurait pu s’arrêter là, mais c’était sans compter sur la nuit du 16 avril qui a été fatale pour de beaucoup de plantes. Les faibles températures qui sont descendues jusqu’à -7 °C sur certains secteurs ont entraîné l’avortement de nombreuses siliques étant alors en début de formation.
Le retour de conditions plus favorables avec notamment des précipitations abondantes, ont certes permis d’éviter le pire, mais elles ont à leur tour apporté leur lot de mauvaises surprises. « Les conditions humides ont été propices au développement du botritice, un champignon qui est venu se fixer sur une zone fragilisée de la plante : le collet, entrainant alors la pourriture de nombreux pieds. Les dégâts vont de 5 à 10 % là où les chutes de neiges ont été importantes, permettant au colza de mieux résister à la période de grand froid de février, et atteignent les 80 à 90 % sur certains secteurs du département ».
Tout n’est pas perdu
Aujourd’hui la situation semble enfin se stabiliser mais il est très probable que les conséquences de de cette succession d’épisodes défavorables continueront d’avoir une incidence jusqu’à la moisson. « Ce qui est à craindre, souligne Luc Fournier, ce sont les périodes de secs pouvant survenir en mai et juin et qui pourraient encore pénaliser davantage le rendement, d’autant plus que le colza s’est moins bien enraciné qu’habituellement et possède donc une plus faible capacité à puiser l’eau en profondeur. Les tiges étant fragilisées, le risque de verse lié à des orages est également à prendre en considération ».
Néanmoins, le technicien tient à rappeler que le colza possède une capacité de compensation surprenante, notamment grâce au développement de ramifications secondaires permettant la formation de nouvelles siliques. Il est donc important de continuer à bien réaliser les fongicides et insecticides nécessaires.
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