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Interview de Gilles Le Pottier, Délégué général du Cidef"Investir dans la dinde est à nouveau rentable"

Après dix ans techniquement difficiles, la production française de dinde devrait à nouveau attirer les éleveurs investisseurs, à condition de faire évoluer ses schémas de production.

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Les contre-performances des années 2004-2006 sont effacées! Les éleveurs n'ont plus aucune raison de se détourner de la dinde.

Les contre-performances des années 2004-2006 sont effacées! Les éleveurs n'ont plus aucune raison de se détourner de la dinde.
- © P. Le Douarin

Quel bilan de l’année 2011 pouvez-vous déjà tirer pour la filière dinde ?

Concernant les mises en place, nous sommes arrivés à un plateau moyen d’environ 1,15 million de têtes par semaine, avec un recul attendu d’environ 2 % par rapport à 2010. Les poids moyens ont eu tendance à augmenter, surtout au second semestre (10,5 kg en octobre dernier, soit +16 % par rapport à octobre 2010) avec une nette baisse des dindes « baby » destinées à l’exportation. Ce qu’il faut surtout souligner, c’est que le recul de la production n’est pas dû à des marchés détériorés,mais qu’il est consécutif au manque de surface d’élevage qui s’aggrave. De sorte que, certaines semaines et l’été, les accouveurs doivent éliminer des dindonneaux excédentaires et les abattoirs tournent au ralenti. Faute de marchandise, ils doivent réfréner leur dynamisme commercial. Pourtant, les perspectives sont assez bonnes face à une viande de porc qui se surenchérit. C’est ce manque de disponibilité qui explique aussi le dynamisme des importations (+17 %), essentiellement pour l’industrie des produits transformés à la recherche de matière première compétitive.

Comment serait-il possible d’inverser rapidement cette tendance baissière ?

Nous ne reviendrons pas à la situation où la France exportait 60 000 tonnes vers l’Allemagne, mais nous avons des raisons d’espérer. En particulier les éleveurs. Ils ont traversé dix ans de difficultés techniques qui ont terni l’image de cet élevage. Ces problèmes ont été résolus. Comme le montre la dernière enquête avicole des chambres d’agriculture, les performances et les résultats sont en hausse (presque 50 % en cinq ans). Un éleveur de dinde gagne autant qu’un éleveur de poulet. La priorité est d’arrêter l’hémorragie du parc, de le stabiliser et de le renouveler. Actuellement deux facteurs négatifs se cumulent : vieillissement des outils et vieillissement des hommes.Toute la filière en est désormais consciente.Malgré tout, il reste un vivier d’éleveurs qui pourraient relancer la production en s’agrandissant avec du neuf. Il faudrait maintenant que les pouvoirs publics permettent à ceux qui génèrent zéro pollution, par la maîtrise totale des effluents, de se développer.De plus, on n’échappera pas aux sites d’élevage de 3 500 à 4000 m2, voire plus.

Quelles sont les actions incitatives envisagées ?

Cette année, va démarrer le programme Innov’dinde qui est initié par le Cidef et piloté par l’Itavi ainsi que les chambres d’agriculture. Il s’agit de déterminer les paramètres techniques d’une conduite d’élevage compétitive, à la française, qui ne copie pas le modèle allemand. Plusieurs schémas vont être explorés : élevage dinde-poulet en parallèle, démarrage en poussinière spécialisée puis transferts en bâtiment d’engraissement, élevage en sexes séparés (associable avec le précédent), avec des choix différents de souche, d’aliment, de réglages d’ambiance. Ils permettront à chaque opérateur (éleveur, groupement, abattoir) d’y trouver son compte en fonction de ses impératifs. Les organisations de production sont sollicitées pour fournir les élevages tests qui seront suivis,mesurés et évalués. Parallèlement, certains critères seront étudiés en station expérimentale (sans doute à Ploufragan), par exemple l’âge idéal du transfert poussinière- engraissement.

Le contrat à trois prix fixes (dindonneau, aliment, dinde) est-il un point de blocage de la compétitivité ?

Oui, en quelque sorte. Dans un système où chaque maillon est un centre de profit, ce contrat ne permet pas toujours à celui qui surinvestit dans l’intrant « dindonneau » ou « aliment » d’obtenir le retour d’investissement. Ce manque de cohérence freine notre compétitivité globale. D’autre part, la rémunération fondée sur la productivité au mètre carré a des effets contreproductifs (surdensité par exemple). Ce système de rémunération a été conçu pour des éleveurs non spécialisés. Un dispositif plus lié à la performance (GMQ, indice de performance…) pourrait être réfléchi. Le rôle de l’éleveur serait mieux valorisé. Le Cidef n’a pas engagé de réflexion sur ce point,mais un groupe de travail a été récemment constitué par FranceAgriMer dans le cadre de l’amélioration de la compétitivité des filières porcines et avicoles.

 

 

 
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