Le salon international de l'alimentation prend des airs de samba
Difficile d'échapper au matraquage publicitaire du rouleau compresseur brésilien Sadia. - © P. Le Douarin
Durant cinq jours, les tracas de la crise financière mondiale sont restés devant la porte du Sial. À Villepinte, rien n’était trop beau pour mettre en scène les produits alimentaires innovants et pour tenter de séduire les acheteurs. Au moins 5500 exposants venus d’une centaine de pays ont présenté à plus de 145000 visiteurs, plusieurs dizaines de milliers de produits sur 215000 m2 d’exposition. Magnifique supermarché ! La demande internationale pour exposer est telle qu’un nouveau hall est en chantier.
VAGUES VERTE ET JAUNE
Avec une surface en hausse de 7 % par rapport à 2006, le hall des viandes et volailles a représenté 16 % de la superficie. En 2006, ce secteur de produits fut le secteur le plus visité, avec plus de 30000 visiteurs dont 52 % d’internationaux. Cet essor témoigne de la mondialisation du marché et de l’ambition forte de l’Amérique latine : 15 % des exposants sont venus du Brésil, 9 % d’Argentine. En débouchant dans ce hall, on n’a plus vu comme par le passé, émerger les grands stands des opérateurs français. Ceux-ci sont désormais noyés dans la masse. Ne restaient visibles par la taille de leur stand que deux opérateurs : le groupe Terrena, où la volaille Gastronome faisait standcommun avec sa cousine Sobiva du secteur bovin, et le groupe Doux de plus en plus brésilien par les volumes. Par contre, les grands stands brésiliens ont été légion, via les Marfrig, Sadia et autres Perdigao, épaulés par une douzaine d’autres opérateurs venus avec leur agence de promotion du commerce (Apex). La volonté de conquête est telle que Sadia s’est payé une campagne d’affichage à l’entrée du salon, argumentant sur sa capacité à répondre à tous les moments de consommation, du matin au soir. Pour enfoncer le clou, l’association des exportateurs de poulets (Abef) a même tenu une conférence de presse sur le thème de « la qualité, du développement durable et du leadership ».
FRIGOS REMPLIS DE FILETS
Sur les stands de la dizaine d’autres français de la volaille présents(1), passé les premières minutes où tout va bien, le climat réel est morose, compte tenu de la situation des marchés. Chacun sait que l’été n’a pas été bon, que les frigos sont largement remplis de marchandise (notamment de filets), et que l’on peut trouver des filets de dinde brésilienne congelés à moins de 3 euros le kilo quand il faut entre 4,5 et 5 euros pour équilibrer. Désormais, il est plus facile d’écouler du rouge que du blanc.Deux conséquences immédiates. Un, même s’il y a de la demande pour du rouge, les opérateurs diminuent leurs volumes produits pour limiter leurs pertes. Ce qui à terme peut accentuer la demande des produits d’importation. Deux, l’industrie avicole a perdu sa capacité à s’adapter aux variations du marché. Les clients potentiels pour des produits excédentaires congelés se fournissent régulièrement avec des importations programmées plusieurs mois à l’avance. Il n’y a donc plus de place pour le filet d’origine européenne dans l’industrie de la transformation. La gestion de la saisonnalité devient un casse-tête. Un des moyens de résistance passe par l’étiquetage de l’origine sur les produits transformés et par l’interdiction de vendre des produits frais élaborés à partir de produits congelés. Si elles étaient prises, ces mesures n’arrêteraient pas le flux,mais au moins le canaliseraient. Et pour éviter de subir la mésaventure du quota sur le filet salé, il paraît impératif de tuer dans l’oeuf le poulet à l’huile moins cher de 350 ou 400 euros la tonne.
(1) Bodin, Corico, Gram France, Les volailles de Keranna, Licques, Lionor, Ronsard, Savel, Sovipor.
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