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Organisation du travail

Organiser le travail pour ne pas le subir

30 novembre 2011 p. Le Douarin Vu 4930 fois


Que ce soit dans un élevage spécialisé ou dans une exploitation mixte, l’organisation globale du travail mérite d’être examinée pour retrouver une marge de manoeuvre, synonyme de souplesse et d’adaptabilité.

Autrefois seul, l’aviculteur a d’abord délégué les travaux
saisonniers. L’augmentation des tailles d’élevage poussera
au salariat permanent et placera le chef d’exploitation en position de responsable des ressources humaines.

Autrefois seul, l’aviculteur a d’abord délégué les travaux saisonniers. L’augmentation des tailles d’élevage poussera au salariat permanent et placera le chef d’exploitation en position de responsable des ressources humaines. - © p. Le Douarin

En élevage avicole, la question du travail est peu abordée, contrairement à d’autres productions animales. Le travail va toujours de soi, comme si l’éleveur l’exécutait sans y penser et sans rencontrer de difficulté, constate Sylvain Gallot, économiste à l’Itavi. Il n’est jamais évoqué comme un problème. D’où la quasi-absence d’études et de publications sur ce thème, ni même de demandes professionnelles. Sauf ponctuellement : problème de santé et de sécurité (intoxications au monoxyde de carbone),manque soudain de main-d’oeuvre (développement du ramassage mécanisé). L’économiste avance plusieurs explications. À l’origine, l’atelier avicole était raisonné comme un atelier complémentaire de taille moyenne utilisant la main-d’oeuvre excédentaire. C’est encore le modèle dominant en volailles de chair, alors que l’oeuf de consommation a largement franchi le pas de la spécialisation. VISION « TAYLORISTE » DU TRAVAIL AVICOLE Par ailleurs, le travail avicole n’est pas ressenti comme « surchargé », à l’exception des productions à forte astreinte quotidienne (ramassage d’oeufs, gavage matin et soir). Les taches quotidiennes sont connues, généralement sans imprévu, décalables si besoin (sauf cas cités ci-dessus). La conduite en lot permet aussi d’anticiper les pics saisonniers générateurs d’un besoin ponctuel de main-d’oeuvre fournie à l’origine par le voisinage (entraide, bénévolat, famille). Réalisé en intérieur, le travail est plutôt perçu comme confortable, physiquement supportable en routine, standardisé avec des bâtiments similaires, le cycle des productions et des méthodes d’élevage encadrées. L’observation et l’optimisation du travail avicole ont donc été abordées sous leur dimension temporelle, en visant à découper le travail en taches, en recherchant des durées optimales d’exécution et des moyens de les réduire. De telles évaluations ont été réalisées par l’Itavi et les chambres d’agriculture, en 2001 en élevage de volaille de chair et en 2004 en volailles reproductrices. Leurs limites tiennent dans leur conclusion : les durées des taches sont fortement variables (du simple au double) et dépendent majoritairement de l’éleveur, avant le type de bâtiment et d’équipements. En d’autres termes, avec des ateliers similaires, deux éleveurs passent des temps différents, en fonction de critères personnels multiples : attrait personnel, motivation, disponibilité générale en temps...


CONDITIONS DE VIE AU TRAVAIL


Cette analyse était donc incomplète. L’amélioration des conditions de travail doit tenir compte de changements : une population avicole qui vieillit et qui souhaite une moindre pénibilité physique ; des filières qui recherchent de la compétitivité donc de la productivité En élevage avicole, la question du travail est peu abordée, contrairement à d’autres productions animales. Le travail va toujours de soi, comme si l’éleveur l’exécutait sans y penser et sans rencontrer de difficulté, constate Sylvain Gallot, économiste à l’Itavi. Il n’est jamais évoqué comme un problème. D’où la quasi-absence d’études et de publications sur ce thème, ni même de demandes professionnelles. Sauf ponctuellement : problème de santé et de sécurité (intoxications au monoxyde de carbone),manque soudain de main-d’oeuvre (développement du ramassage mécanisé). L’économiste avance plusieurs explications. À l’origine, l’atelier avicole était raisonné comme un atelier complémentaire de taille moyenne utilisant la main-d’oeuvre excédentaire. C’est encore le modèle dominant en volailles de chair, alors que l’oeuf de consommation a largement franchi le pas de la spécialisation.


VISION « TAYLORISTE » DU TRAVAIL AVICOLE


Par ailleurs, le travail avicole n’est pas ressenti comme « surchargé », à l’exception des productions à forte astreinte quotidienne (ramassage d’oeufs, gavage matin et soir). Les taches quotidiennes sont connues, généralement sans imprévu, décalables si besoin (sauf cas cités ci-dessus). La conduite en lot permet aussi d’anticiper les pics saisonniers générateurs d’un besoin ponctuel de main-d’oeuvre fournie à l’origine par le voisinage (entraide, bénévolat, famille). Réalisé en intérieur, le travail est plutôt perçu comme confortable, physiquement supportable en routine, standardisé avec des bâtiments similaires, le cycle des productions et des méthodes d’élevage encadrées. L’observation et l’optimisation du travail avicole ont donc été abordées sous leur dimension temporelle, en visant à découper le travail en taches, en recherchant des durées optimales d’exécution et des moyens de les réduire. De telles évaluations ont été réalisées par l’Itavi et les chambres d’agriculture, en 2001 en élevage de volaille de chair et en 2004 en volailles reproductrices. Leurs limites tiennent dans leur conclusion : les durées des taches sont fortement variables (du simple au double) et dépendent majoritairement de l’éleveur, avant le type de bâtiment et d’équipements. En d’autres termes, avec des ateliers similaires, deux éleveurs passent des temps différents, en fonction de critères personnels multiples : attrait personnel, motivation, disponibilité générale en temps... CONDITIONS DE VIE AU TRAVAIL Cette analyse était donc incomplète. L’amélioration des conditions de travail doit tenir compte de changements : une population avicole qui vieillit et qui souhaite une moindre pénibilité physique ; des filières qui recherchent de la compétitivité donc de la productivité

 
Le lavage est une tache qui échappe encore à la mécanisation. Dès qu’ils le peuvent, les éleveurs ont tendance à externaliser les travaux les plus pénibles ou à rechercher la simplification

Le lavage est une tache qui échappe encore à la mécanisation. Dès qu’ils le peuvent, les éleveurs ont tendance à externaliser les travaux les plus pénibles ou à rechercher la simplification - © p. Le Douarin

Vision globale de l'exploitation


Il n’existe pas en effet un modèle standardisé d’organisation. C’est ce que montre un travail réalisé par plusieurs instituts techniques. Celui-ci a porté sur l’analyse de l’organisation globale du travail dans 640 exploitations de sept filières d’élevages. À titre expérimental, 24 exploitations avicoles diverses,mixtes ou spécialisées, ont fait l’objet de cette enquête. Ce Bilan travail analyse la répartition annuelle des temps de travaux sur les différents ateliers, en fonction de critères liés à la nature des travaux et à celle de la main-d’oeuvre.On distingue le « travail d’astreinte », quotidien et non différable, comme le soin aux animaux (alimentation, surveillance…) quantifié en heures par jour. S’ajoute le « travail de saison », exprimé en jours, qui concerne des taches plus ponctuelles (enlèvement, nettoyage, intervention, mise en place…). Le critère main-d’oeuvre différencie la « cellule de base », qui organise le travail de l’exploitation (agriculteur, couple, associés…), de la main-d’oeuvre « hors base » (bénévolat, entraide, salariat, entreprises prestataires). Ces deux critères sont combinés activité par activité. La méthode permet de chiffrer un « temps disponible calculé » qui correspond aux nombres d’heures restantes, en dehors des journées de saison, des heures d’astreintes et des dimanches (considérés comme privés). Ce temps n’est pas un temps de loisir. Il permet de faire face aux imprévus et de réaliser les taches non comptabilisées (entretien matériel, bâtiment, comptabilité, administration). Il traduit la capacité d’adaptation de l’exploitation aux imprévus de toutes sortes.


1 000 HEURES DE TEMPS DISPONIBLE


Plusieurs tendances ressortent de l’analyse de l’échantillon avicole. La cellule de base est majoritairement constituée d’une personne (1,3 en moyenne). La durée moyenne d’astreinte avicole s’élève à 1 478 heures par unité de cellule de base. Elle est au moins deux fois plus élevée en pondeuses qu’en volailles de chair (2 500 h contre 963) et dans les deux cas réalisée à 90 % par la cellule de base. Jamais par l’entreprise ou l’entraide. Les élevages spécialisés ont plus d’astreinte que les élevages mixtes. La relation entre temps d’astreinte et capacité d’élevage semble proportionnelle, ce qui signifierait que la taille n’apporte pas un avantage. Quant au travail saisonnier, il atteint en moyenne 149 jours par cellule de base, variant entre 50 jours et 339 jours. Celleci en délègue une forte proportion (45 % en moyenne), et plus si l’atelier est spécialisé (69 % en pondeuses). Le recours à la main-d’oeuvre salariée est fréquent, et celui aux entreprises est systématique, avec une combinaison des types de maind’oeuvre dans 80 % des cas. Selon le bilan tiré sur les 640 exploitations, 1000 heures de temps disponible calculé par unité de cellule de base sont nécessaires pour faire face aux aléas et aux travaux non comptabilisés, c’est-àdire 3 heures par jour en moyenne. En aviculture, ce temps disponible s’élève à 988 heures par an, avec des extrêmes de 150 heures et 1800 heures. Les élevages de pondeuses possèdent moins de marges de manoeuvre qu’en volailles de chair (830 heures contre 1057 heures). Dans un contexte économique tendu qui pousse à rechercher du revenu en réduisant ses charges, notamment de maind’oeuvre, cette méthode d’analyse révèle qu’en matière d’élevage, il est impératif « d’en garder sous le pied ». Faute de quoi, les conditions de vie au travail peuvent rapidement se dégrader avec des imprévus. Avec l’impression de ne plus savoir maîtriser son activité, d’être débordé, inefficace et finalement se sentir démotivé et dépossédé de son travail. Ce qui est la pire des situations pour un travailleur, surtout si c’est lui le patron.

 

 

 
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